Photos

La photographie se confond et interfère avec l’art d’aujourd’hui, elle n’est plus la question de la reproduction, la représentation du réel mais plutôt une manière de voir, d’appréhender la réalité. Percevoir la beauté. Une image n’est plus la vérité. Stéphane saisit le vide et l’absence, pour souligner un réel instable et transitoire. Il prend pour sujet des abris bus publicitaires vides de tous messages marchands, des vitrines vidées, des commerces abandonnés et saccagés, des objets anodins, … Le quotidien. Il tranche dans le plein, notre trop-plein, pour découper, recadrer, recouper et ainsi proposer une « inquiétante étrangeté », un trouble. Il saisit la fugacité des choses de la vie. Des photos qui sont des miroirs de rien. Dans un espace essentiellement urbain, sous haute surveillance, il est témoin et révélateur d’un désenchantement du monde contemporain, un monde aliénant. A l’ère du « tout numérique », « exhibition » de la sphère publique et privé, l’artiste se réapproprie ce médium reproductible à l’infini pour réaliser un cliché reconstruit pour devenir unique exemplaire. Unique. Seul. Les clichés ne sont pas manipulés par les outils d’aujourd’hui afin de se rattacher à une tradition de tirage argentique. Le scalpel fait ici office de Photoshop, instrument qui « tranche, découpe, recadre » pour finalement extraire l’essentiel, l’essence des choses, une abstraction, sur un médium qui ironiquement capture une « réalité figurative ». Stéphane est un plasticien qui questionne la lumière. Par définition, la photographie signifie « écriture lumière ». La lumière est blanche et dans son prisme, le jaune incarne sa résonnance la plus lumineuse. La fenêtre fait entrer la lumière. Ombre et lumière. D’où la cohérence de motifs jaunes et blancs, voire or dans une rigoureuse géométrie rectiligne. Une approche aussi « graphique » du noir et blanc, gris. Le cliché est griffé, rayé et sa surface est déchirée. Le cadre participe même au contenu de l’œuvre.

L’artiste démontre la forme propre de la photographie, affirme son médium de papier. La photographie est un arrêt sur image, dans un monde de plus en plus fuyant, étourdissant. Nous vivons dans un monde envahi d’images. D’images le plus souvent marchandes que nous ne choisissons pas, subissons. Et avec les autres beaux-arts, la photographie est le seul moyen qu’à trouver l’humanité pour laisser des traces de son passage. L’art immortalise notre existence passagère.

NB: 1er prix régional photo Bretagne 2002, sélection nationale à Tours 2002 et 2003, CROUS.

 

stéphane

stéphane  stéphane