En-vies de rien

Notreépoque est celle de la crise de la représentation. Notre trop plein d’image est aussi un trop vide. La surinformation désinforme. Notre attente -ou croyance- à l’égard des images n’est plus que l’information et le divertissement.

Artistes, nous sommes des « biens » de consommation culturelle, avec un début d’exposition et une fin, une date d’expiration ! Artiste clown !

Notre économie est une sorte de corps malade, mourant. Il respire artificiellement mais continue cependant de s’empiffrer. Il souffre de malnutrition, en permanence dans l’extase de la boulimie et de l’anorexie, il est mû par l’excès et le manque, il grossit et maigrit en même temps.

« En-vies de rien » est une installation qui incarne le paradoxe continu d’étirement et d’évidement. Nous, consommateurs, utilisons les objets comme si nous étions conviés à un festin interminable, comme si nous étions sous l’emprise d’un mécanisme de digestion dont les tubes digestifs sont la production, les marchandises et la consommation. Nous mangeons, chions, enfantons des marchandises. Celui qui n’arrive pas à se sortir de cette « foire » d’empoigne de l’économie est exclu, vomi. Quand à celui solvable, « sauvable », il doit prouver sa « dignité » en investissant dans des marchandises toujours plus récentes. Elles sont nées pour nous séduire. Leur sourire aguicheur doit nous faire oublier qu’elles portent des cagoules ! Des masques…de beauté bien entendu !

Nous nous identifions aux chariots des magasins avec lesquels nous amassons nos marchandises.

Nous appréhendons le monde via la télévision et son magazine TV préféré qui l’accompagne… et autres médias. Il est l’endroit où pénètrent la violence et la barbarie. Le monde qui nous appartient est en effet étrange et menaçant, chaque  intrusion est une attaque potentielle envers notre sentiment de sécurité chéri et notre narcissisme. Les personnages faisant ici partie du « service » sont fondamentalement seuls. Ils sont livrés à eux-mêmes, leur champ de vision se résume au vide. Des tableaux de la bataille quotidienne de la consommation sont recréés. Une relation entre le désarroi et l’hallucination, d’être entraîné par ce qui est à la fois repoussant et attirant.

L’art pour ne pas se laisser dissoudre dans le « culturel » n’a pas d’autre solution que de revenir au politique. Rendre compte d’une réalité quotidienne de plus en plus complexe et riche. Quoi de mieux que des pages de publicité pour exhiber les objets d’une civilisation vouée au culte des biens de consommation. Je reste partagé entre la précieuse mouvance de la vie, sa beauté et la dérision statique « way of life pop art »…

En-vies de rien